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"La différence entre l'érotisme et la pornographie c'est la lumière". Bruce LaBruce
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vendredi 23 septembre 2016





Les péchés capitaux





Dans la religion catholique, les péchés capitaux correspondent aux péchés dont découlent tous les autres. Ainsi, le mot capital n'est pas en rapport avec la gravité (par exemple, le meurtre n’y figure pas ; le blasphème non plus). Il vient du latin caput (« tête »), par comparaison à cette partie du corps qui dirige l’ensemble : le péché capital conduit à d’autres péchés. Pour cette raison, la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin indique que l’appellation de « vices » serait plus appropriée que celle de « péchés ».

L'histoire des péchés capitaux ou mortels débute dans le désert égyptien. Evagre Le Pontique, ermite érudit du IVe siècle, élabore un catalogue de huit vices constituant les méchantes pensées, induites par des démons, visant à le détourner de son but contemplatif.

Pour parvenir à faire silence et réussir à connaître Dieu, le chrétien doit chercher à analyser et à canaliser ses pensées. Évagre en distingue huit qu'il appelle des « logismoï », (qu'on pourrait éventuellement traduire par penchants) : gourmandise, impureté, avarice, mélancolie (= acédie), colère, paresse, vaine gloire et orgueil.

Ce modèle est repris par Cassien (360-435) et transmis à l'Occident. Deux siècles plus tard, la théorie des vices est fondamentalement transformée par Grégoire le Grand (540-604) dans ses Moralia in Job. Il supprime la vaine gloire (qu'il identifie à l'orgueil) et l'acédie (qu'il identifie à la tristesse), mais rajoute l'envie, ramenant ainsi les passions capitales à sept.






Grégoire le Grand, Moralia in Job, Liste des vices, XII° siècle, Vendôme, BM, manuscrit 48, f. 241v.




Au XIIe siècle, les différents modèles sont uniformisés et une version corrigée du catalogue de Grégoire s'impose. Les sept vices - l'orgueil (superbia), l'envie (invidia), la colère (ira), la tristesse ou la paresse (acedia), l'avarice (avaritia), la gourmandise (gula) et la luxure (luxuria).

Les péchés capitaux sont ceux qui entraînent tous les autres, qui ne sont que véniels. Les premiers amènent les âmes en enfer, tandis que les seconds les amènent au purgatoire.






Pieter Brueghel l'Ancien, vers 1525-1569. Pays-Bas espagnols






Autoportrait




Malgré de longues recherches, je n'ai pu trouver que deux planches originales de Pieter Brueghel l'Ancien de sa série sur les péchés capitaux, la paresse et l'avarice (que je présente sous les planches de son suiveur). En revanche, j'ai pu trouver la série complète au Metropolitan Museum of Art, réalisée par un suiveur, Pieter van der Heyden, semblable à la série originale en dehors du fait étonnant que les planches sont inversées. Les planches de cette série présentées sur le Net, sont donc la plupart du temps faussement attribuées à Pieter Brueghel l'Ancien.




Pieter van der Heyden, vers 1525–1569. Pays-Bas. 


Les sept péchés capitaux, 


d'après Pieter Brueghel l'Ancien, 1558. Editeur Hieronymus Cock (vers 1510–1570). The Metropolitan Museum of Art New York.






Acedia







Pieter Brueghel l'Ancien, Acedia, 1557. Crayon et encre gris-brun. Palais Albertina, Vienne, Autriche







Avaritia







Pieter Brueghel l'Ancien, Avaritia, 1556







Gula







Invidia







Ira







Luxuria







Superbia






Antoine Roegiers, 1980. Belgique



Les sept péchés capitaux, d'après Pieter Brueghel l'Ancien, 2011





video





























































































































Jheronimus Bosch, vers 1450-1516. Pays-Bas bourguignons






Les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Étapes humaines, date inconnue (vers 1500?). Huile sur panneau,  120 x 150 cm.Musée du Prado, Madrid (Attribution discutée)



Citations.






En haut.

Gens absque consilio est et sine prudentia / Utinam saperent et intelligerent ac novissima providerent

Car c'est une nation dépourvue de jugement, et il n'y a en eux aucune intelligence. Oh ! s'ils étaient sages! Ils considéreraient ceci, ils réfléchiraient à ce qui leur arrivera à la fin. Deutéronome 32:28-29







En bas.

Anscondam faciem meam ab eis et considerabo novissima eorum

Je cacherai ma face, je verrai quelle sera leur fin. Deutéronome 32.20






Cave Cave Deus Videt (Attention, Attention, Dieu vous voit)







Mort du pécheur (ange et démon pèsent l'âme d'un mourant)








Jugement dernier








L'Enfer et la punition des sept péchés capitaux








Paradis









Acedia







Avaritia







Gula







Invidia








Ira







Luxuria







Superbia






Paul Cadmus, 1904 - 1999. USA



Les sept péchés capitaux (The Seven Deadly Sins), 1945 - 1949. Huile sur toile






Anger (Ira)







Avarice (Avaritia)







Envy (Invidia)







Gluttony (Gula)








Lust (Luxuria)







Pride (Superbia)







Sloth (Acedia)





Otto Dix, 1891-1969. Allemagne



Les sept péchés capitaux sont réalisés en 1933, année où Hitler accède au pouvoir. Otto Dix, qui occupe une chaire de professeur de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde, est destitué de ses fonctions. Certaines de ses œuvres sont exhibées par les nazis dans les expositions dites d’« art dégénéré » (dès 1933, mais surtout lors de celle de 1937 à Munich où huit de ses œuvres seront exposées – au total 260 œuvres d’Otto Dix seront retirées des musées allemands et certaines seront même détruites).






Les 7 péchés capitaux, 1933, Matériaux mixtes sur bois, 179 x 120 cm Staatliche Kunsthalle Karlsruhe






Louis Léopold Boilly, 1761-1845. France



Les sept péchés capitaux, 1824. Lithographies rehaussées à la couleur.






Ira







Avaritia







Acedia







Gula







Superbia







Luxuria







Invidia






Livre des Heures, france



Livre des Heures, pour l'utilisation de Rome (Heures de la Vierge, Office des morts) et Poitiers (calendrier, litanie); écrit et enluminé à Poitiers, France, vers 1475. Artiste: Robinet Testard




Les sept péchés capitaux





Paresse et Astaroth, 1475







Avarice et Mammon, 1475







Colère et Léviathan, 1475







Envie et Belzébuth, 1475







Gourmandise et Berith, 1475







Luxure et Asmodée, 1475







Orgueil et Lucifer, 1475





André Lambert, 1884-1967. France


Les sept péchés capitaux, 1918. Gravures en couleurs






Avaritia







Invidia








Luxuria







Superbia







Acedia








Gula







Ira






Et surtout, succombez à certains d'entre eux...



4 commentaires:

  1. Le chef-d'oeuvre du plus grand sculpteur baroque en Bohême et l'un des plus grands du baroque universel, Mathias (Matyáš) Bernard Braun est l'ensemble d'allégories représetant les Vertus et les Vices. Ces statues se trouvent dans l'ancien hospice de Kuks, au nord-est de la Bohême. En plus des sept vices correspondant aux péchés capitaux, il y en a cinq autres; soit: Colère (Hněv), Paresse (Lenost), Orgueil (Pýcha), Envie (Závist), Gourmandise (Obžerství), Avarice (Lakomství), Luxure (Smilstvo), Ruse (Lstivost), Désespérance (Zoufalství), Etourderie (Lehkomyslnost), Calomnie (Pomluva) et Escroquerie (Podvod); cette dernière statue n'existe plus. Douze vertus sont représentées: les Théologales (Foi/Víra - Charité ou Amour/Láska - Espérance/Naděje), plus neuf autres: Générosité/Štědrost, Sincérité/Upřímnost, Justice ou Equité/Spravedlnost, Sobriété ou Hospitalité/Střídmost-Pohostinnost, Sagesse/Moudrost, Courage/Statečnost, Chasteté ou Pudeur/Cudnost, Assiduité/Píle, Patience/Trpělivost.
    L'ensemble est complété par trois Anges: Ange de la Mort bienheureuse, Ange de la Mort lamentable et Religion. On trouve les photos de toutes ces statues, de fort bonne qualité, sur wikipédia tchèque (cs.wikipedia.org/wiki/Braunovy_sochy_Ctností_a_Neřestí_v_Kuksu), avec des descriptions sommaires et explication des attributs, en tchèque évidemment. Il semble que cette explication, de très haute importance, n'est reprise dans aucune autre langue. - VJ

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  2. Merci beaucoup pour cette découverte. Ces statues sont magnifiques. Je ne connaissais pas Matthias Bernard Braun. Cette série mériterait un bel article sur mon blog. Peut-être un travail à deux? Vous pour le texte et moi pour l'illustration. Qui sait? On peut rêver.

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  3. Je m'excuse du silence. J'y penserai dès que je serai débarrassé des obligations qui pressent(un livre pour novembre, notes pour une traduction de Montaigne). Une brève présentation du sculpteur et traduction des petits commentaires sur les statues, ça irait? Je ne suis pas un historien de l'art. VJ

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  4. Bonjour. Pas de soucis pour le silence, on a tous nos obligations. Quel texte de Montaigne traduisez-vous? Oui, ce que vous proposez est très bien, mais rien ne presse, quand vous aurez le temps et l'envie. L'essentiel est d'avoir repris contact. Bonne journée, à bientôt.

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