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"La différence entre l'érotisme et la pornographie c'est la lumière". Bruce LaBruce
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vendredi 29 janvier 2016




Emil Cadoo, 1926 - 2002. USA






Autoportrait, vers 1960


"Seulement quand un artiste dans un domaine quelconque touche l'universel, il peut durer dans le temps, il peut survivre à la destruction des choses". E. Cadoo







Emil Cadoo est né en 1926 à Brooklyn, New York. Homosexuel et afro-américain, il fuit le racisme et l'intolérance et se réfugie à Paris en 1960, comme l'avait fait Richard Wright, James Baldwin et de nombreux musiciens noirs de jazz. Il ne quittera plus la capitale française jusqu'à sa mort à l'exception d'une visite à New York en 1965 où il réalisera deux séries, les enfants de Harlem et Central Park .






Il monte un studio de photographie à Paris et travaille en free-lance pour le magazine Vogue. La caractéristique principal de son oeuvre est la technique de la double exposition. Dans des séries comme Statue (1964) et Rêverie (1963), il superpose sur le même cliché des visages ou des corps avec des statues ou des éléments végétaux, créant ainsi des textures et des compositions avec un effet délavé s'étendant vers l'abstraction. Ses portraits apparaissent comme vieillis, usés, décomposés. Le critique Mark Grisbourne écrit que l'effet de ces photographies est "comme regarder à travers une vitre, un jour de pluie, la statuaire du Père Lachaise".






Rêverie 1963







Double exposition / Statue, 1968







Statue



Il a l'habitude, désirant réaliser la photographie d'une personne, de marcher avec elle des heures jusqu'à ce qu'il trouve la texture, un mur, un arbre, idéale pour coller au portrait de son modèle. Cadoo disait qu'il désirait révéler la "fibre cachée". Certains ont vu dans cette double exposition la métaphore de son identité raciale et sexuelle.








Il réalisa des séries de portraits de personnalités et amis dont Duke Ellington, Ray Charles et l'écrivain James Baldwin, ainsi qu'Edith Piaf dont il fit la capture du dernier concert à l'Olympia. Lorsque Edith Piaf vit pour la première fois les photos de Cadoo, elle lui dit: "M. Cadoo, vous n'êtes pas un photographe, vous êtes un poète avec une caméra".






James Baldwin vers 1960








Edith Piaf par Cadoo








Edith Piaf à l'Olympia, 1961. Photo de Cadoo



En plus du photojournalisme et des portraits, Cadoo s'intéresse à l'érotisme. il illustra notamment l'édition de 1963 de Sexus d'Henry Miller. Il édita en 1971 un livre de photographie érotique, Hommes, aditionné du poème de Paul Verlaine, Mille et tre.






Sexus, 1963







Sexus, 1963




Même si les photographies érotiques de Caddo nous paraissent aujourd'hui bien sages, elle furent sous l'ère McCarthy un sujet de scandale. En avril 1964, l'ensemble du tirage de 21.000 exemplaires de l'édition n°32 d'avril-mai du magazine américain Evergreen Review, contenant entre autres des essais de Norman Mailer, Jean Genet, William Burroughs, Gysin Bryon, Michael McClure, Karl Shapiro ainsi qu'une série de photos érotiques de Cadoo furent saisis par la police. Le district attorney du comté ayant jugé la publication obscène.

 Le 12 Juin 1964, le procès eut lieu devant la cour fédérale de Brooklyn. Il fallut l'intervention d'Edward Steichen qui avec des photos établit une comparaison entre les photos de Cadoo et les œuvres de Auguste Rodin, "le plus grand sculpteur de la vie". Les juges déclarèrent alors l'action en justice comme inconstitutionnelle et ordonnèrent la remise en circulation du magazine.






Evergreen N°32, 1964




Les photos de Cadoo sont teintées de mélancolie. Mais plus que de belle images, elle montrent un artiste engagé avec son temps dans la lutte pour les droits des Noirs et des homosexuels pour la tolérance et la liberté.






vers 1970















Années 60







1960-1969







Corps enlacés, vers 1970







Nu masculin, vers 1970







Planche contact, vers 1970






Nu masculin, vers 1968








vers 1968
















Corps enlacés vers 1960
















Années 70








Dos à Dos, 1960
































Hommes. Paris, Les Nouvelles Presses Parisiennes, 1971















































Paul Verlaine


MILLE ET TRE, 1891.


Mes amants n’appartiennent pas aux classes riches :
Ce sont des ouvriers faubouriens ou ruraux,
Leur quinze et leurs vingt ans sans apprêts sont mal chiches
De force assez brutale et de procédés gros.


Je les goûte en habits de travail, cotte et veste ;
Ils ne sentent pas l’ambre et fleurent de santé
Pure et simple ; leur marche un peu lourde, va preste
Pourtant, car jeune, et grave en élasticité ;


Leurs yeux francs et matois crépitent de malice
Cordiale et des mots naïvement rusés
Partent non sans un gai juron qui les épice
De leur bouche bien fraîche aux solides baisers ;


Leur pine vigoureuse et leurs fesses joyeuses
Réjouissent la nuit et ma queue et mon cu ;
Sous la lampe et le petit jour, leurs chairs joyeuses
Ressuscitent mon désir las, jamais vaincu.


Cuisses, âmes, mains, tout mon être pêle-mêle,
Mémoire, pieds, cœurs, dos et l’oreille et le nez
Et la fressure, tout gueule une ritournelle,
Et trépigne un chahut dans leurs bras forcenés.


Un chahut, une ritournelle fol et folle
Et plutôt divins qu’infernals, plus infernals
Que divins, à m’y perdre, et j’y nage et j’y vole,
Dans leur sueur et leur haleine, dans ces bals.


Mes deux Charles l’un jeune tigre aux yeux de chattes
Sorte d’enfant de chœur grandissant en soudard,
L’autre, fier gaillard, bel effronté que n’épate
Que ma pente vertigineuse vers son dard.


Odilon, un gamin, mais monté comme un homme
Ses pieds aiment les miens épris de ses orteils
Mieux encore mais pas plus que son reste en somme
Adorable drûment, mais ses pieds sans pareils !


Caresseurs, satin frais, délicates phalanges
Sous les plantes, autour des chevilles, et sur
La cambrure veineuse et ces baisers étranges
Si doux, de quatre pieds, ayant une âme, sûr !


Antoine, encor, proverbial quant à la queue,
Lui, mon roi triomphal et mon suprême Dieu,
Taraudant tout mon cœur de sa prunelle bleue
Et tout mon cul de son épouvantable épieu.


Paul, un athlète blond aux pectoraux superbes
Poitrine blanche, aux durs boutons sucés ainsi
Que le bon bout ; François, souple comme des gerbes
Ses jambes de danseur, et beau, son chibre aussi !


Auguste qui se fait de jour en jour plus mâle
(Il était bien joli quand ça nous arriva)
Jules, un peu putain avec sa beauté pâle.
Henri, me va en leurs conscrits qui, las ! s’en va ;


Et vous tous ! à la file ou confondus en bande
Ou seuls, vision si nette des jours passés,
Passions du présent, futur qui croît et bande
Chéris sans nombre qui n’êtes jamais assez !




Les Actualités Françaises



Avec les noirs américains qui ont choisi de vivre en France, 22 avril 1964


Interview d'Emil Cadoo (source INA)




video







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